En écho au thème du salon du livre de Colmar ce week-end, “Effroyables forêts”, lecture du dernier-né de Pelot, Maria. L’histoire commence sur une route qui serpente sous la neige dans les forêts vosgiennes. Au fil des pages, mémoire et histoire tissent des liens serrés et parviennent enfin à percer le brouillard.
“Le ciel descendait bas sur les pentes, de nuages et de brume grise, comme accroché dans leur lente glissade aux crocs découverts et aux griffes tendues des forêts de sapins noirs dont n n’entrevoyait que les lisères effrangées.”
“Tous connaissaient le pays comme leur poche, les creux et les sommets, les forêts, les chemins marqués comme les sentes, aussi bien que les passages non tracés par des endroits que personne, hormis eux, n’eût imaginé franchissables. Ils étaient pour la plupart chasseurs et promeneurs, bûcherons du pays, braconniers à l’occasion. Ils savaient les caches de trompettes-des-morts comme les terriers de renards et blaireaux, pour ce qui est de la sauvagerie, mais aussi les gués et le chenaux et les traversées des différents “quartiers” du village, les annexes, les lieux-dits, les écarts, égrenés bout à bout sur au moins trois vallées en étoile, de quelques dizaines de maisons à une seule perdue au cul des oiseaux sur le flanc ardu de la vallée, en lisère de forêt, quand ce n’était pas dans la forêt même, au bout du bout de la fin du monde“.
Pierre Pelot, Maria, éd. Héloïse d’Ormesson, p 22
