Bernard Comment a reçu à l’unanimité le prix Goncourt de la nouvelle pour son recueil Tout passe, publié aux éditions Bourgois le 7 avril 2011.
EXTRAIT de la nouvelle Flottement
“Que reste-t-il d’une vie ? Qu’est-ce qui, une fois éliminés les parce que quoique donc en effet néanmoins, reste d’une vie ? De la subtile tessiture d’une vie ? Très peu de choses. Quelques moments forts, trois, quatre, cinq. Vingt peut-être, dans les existences trépidantes. On vit, au jour le jour, dans l’exagération des petits événements, j’ai fait ceci, pas fait cela, et telle démarche à entreprendre, et du retard à rattraper, des urgences à résoudre, des engagements à honorer, mais au décompte final, rien ou si peu de toutes ces années, et même décennies, qui restera. Elle nage. C’est une vieille satisfaction, chez elle, de savoir nager. D’avoir su, avant la plupart des autres élèves de sa classe, nager, ou flotter, ou simplement entrer dans l’eau sans crainte, sans l’idée de s’y noyer. Tout flotte. Sans réel effort, sans difficulté. Tout flotte, son corps, sa mémoire.
Elle reprend son souffle puis glisse la tête dans l’eau, et deux mouvements de brasse, sans même bouger les jambes ou si peu, ça flotte, elle flotte. N’importe qui serait heureux, à sa place”.
